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Circuit dans le sud laonnois

 

"De l'Art Déco dans la reconstruction des églises, aux frères le Nain“

Ce circuit, long d"environ 150 Km, au départ de Reims, rejoint Laon par les paysages vallonnés du sud laonnois. Tout au long de ce parcours, les pages de la mémoire se tournent et révèlent la richesse historique de ces contrées sur plus de cinq millénaires.

De la Place Royale, on rejoint l’avenue de Laon (quand c’est possible…). 
Le Reims gallo-romain, Durocortorum, fort de ses 80 000 habitants au début du III° siècle, apogée de son histoire antique, se projetait vers le nord par cet axe, alors voie romaine impériale qui menait à Thérouanne, capitale de la tribu des Morins, aujourd’hui dans le Pas-de-Calais. Passée la Porte Mars, qui reste aujourd’hui la plus large subsistant en Europe, on pouvait rencontrer, successivement, la basilique, le temple, les arènes, le stade. Quelques siècles plus tard, cette même voie était empruntée par le Roi de France, au lendemain de son sacre pour, sur le chemin du retour, faire étape à Corbeny en se rendant sur la tombe de Saint Marcoul. Là, par privilège divin, il touchait les écrouelles, malheureux scrofuleux guettant là l’espoir d’une guérison miraculeuse…

A la sortie de Reims, c’est l’ancienne N44 qu’il faut suivre jusqu’à atteindre Berry-au-Bac, village caractérisé par des faits historiques majeurs et dont l’occupation humaine, en particulier vers Cuiry-les-Chaudardes est attestée dés l’époque néolithique (-3000 av JC).
En - 58 av JC, Jules César, après avoir franchi la rivière, lancé dans sa lutte contre les tribus gauloises coalisées, va installer son camp retranché au nord-est de Berry-au-Bac, sur la hauteur de Mauchamp, d’où il attaquera, avec sa cavalerie, avec le succès que l’on sait.

 

Vingt siècles plus tard, un mémorial rappelle le premier engagement de chars d’assauts français dans une bataille, lors de l’offensive du 16 avril 1917.  128 chars d’assaut (Schneider et Saint-Chamond) vont tenter de rompre le front entre Berry-au-Bac et Corbeny. Les conditions de temps, exécrables et la médiocre protection de ces engins vont transformer cette tentative en calvaire. 52 chars sont touchés par l’artillerie et 21 tombent en panne ou s’enlisent ; sur 720 hommes emmenés par le commandant Pierre Bossut, 180, dont lui-même, perdront la vie dans cet engagement. Ironie de l’histoire, le char  de Bossut est détruit au bois des “Vestales“, près de la ferme Mauchamp…, là où César avait implanté son camp.
Le parcours entre Berry-au-Bac et Corbeny est jalonné de constructions et de ruines de bâtiments qui composèrent l’une des importantes bases aériennes utilisées par le III° Reich, en particulier pendant le blitz sur Londres. Ces mêmes lieux occupé par les anglais jusqu’en 40 le seront par les américains fin 44. On peut ainsi voir l’ancienne tour de contrôle (relais Ste Marie) et de nombreux édifices de chaque côté de la chaussée, sans compter les dizaines de kilomètres de taxy-way, jusqu’à Juvincourt.

Corbeny atteint, il faut tourner à gauche par la D62 puis la D18 pour se rendre à Craonne. Au sortir de Corbeny, sur la gauche, petit oratoire de la fontaine St Marcoul, érigé en 1858. C’est le seul souvenir du prieuré Saint Marcoul, ancien monastère  fondé en 906 par Charles III le simple pour recueillir les reliques du saint (488-588), sauvées des invasions normandes. Ce saint était invoqué pour la guérison des écrouelles, maladie caractérisée par des abcès chroniques des ganglions lymphatiques. Un pèlerinage, organisé du 30 avril au premier dimanche après la Pentecôte à l’occasion de l’exposition des reliques, permettait aux malades de laver leurs plaies à l’eau de la fontaine consacrée. On attribuait aux Rois de France, ainsi qu’à ceux d’Angleterre le pouvoir de guérir les écrouelles.

Plus loin, vers Craonne, au carrefour avec la D889, se trouvait la conserverie de Craonne. Là, aboutissait une des ramifications du CBR, Chemin de Fer de la Banlieue de Reims. L’embranchement partait de Roucy, à l’ouest pour arriver à Corbeny via Craonne (Groupe de Soissons). Craonne était, à cette époque (avant 1914), un village particulièrement prospère et réputé pour ses productions  de fruits et de légumes de qualité, bien appréciés sur les marchés de Reims. Cette ligne du CBR avait été ouverte en janvier 1908. Bien que reconstitué de 1919 à 1923, le réseau ferré connaîtra un inexorable déclin à partir de 1930 avec l’avènement du transport routier.

On parvient au vieux Craonne dont les rares ruines parsèment l’arboretum. On parcourt là des lieux dont l’histoire, tragique, touchera au paroxysme de la violence et de la destruction avec l’offensive du 16 avril 1917 sur le “Chemin des Dames“. Cette bataille restera dans l’histoire des guerres comme l’une des plus meurtrières avec près de 80 000 morts ou blessés au cours de la seule première journée…

Traversant l’arboretum, il faut tourner à droite pour monter sur le Chemin des Dames par la D 895 qui longe le Plateau de Californie. L’origine de ce nom curieux pour la région remonte au début du XX° siècle quand, sur l’initiative d’Henry Vasnier fut créé en ces lieux une sorte de parc d’attraction et de loisirs avec des animaux, un saloon, une guinguette et même une maison de rendez-vous très cotée à l’époque…

 


Longeant le plateau, la vue au sud porte sans limite sur un beau panorama et fait mieux comprendre l’importance stratégique de cette croupe. Au niveau de la table d’observation et du parking a été érigé le beau mémorial, œuvre d’Haïm Kern, inaugurée en 1998 pour le 80° anniversaire de l’armistice de 1918.
Reprenant la route, on laisse sur la gauche la statue de Napoléon. Là se trouvait un moulin qui lui servit d’observatoire pendant la bataille de Craonne (7 mars 1814). L’Empereur, au cours de cet engagement, saura tirer le meilleur parti des informations fournies par les autochtones, en particulier David Victor Bussy de Belly, maire de Beaurieux, tout proche et ancien camarade de Bonaparte à Brienne.
Bataille acharnée et meurtrière au cours de laquelle les coalisés (prussiens et russes) perdirent 5000 hommes, les français laissant 5400 des leurs sur le terrain. Amer bilan d’une triste victoire, la dernière remportée par Napoléon.

Nous sommes alors tout proche de la “Caverne du Dragon“, haut lieu de la première guerre mondiale. Ce vaste réseau de grottes, les “creuttes“, anciennes carrières souterraines calcaires exploitées pour la constructions des villages à l’entour, fut utilisé en particulier par les allemands qui y établirent une véritable base souterraine stratégique. La “Caverne du Dragon“ fut le théâtre de sanglants affrontements.


 
Arrivé à la Ferme de Hurtebise, il faut prendre à droite, au niveau du monument commémorant l’engagement des jeunes " Marie-Louise“ et des soldats de 1914, sur ces mêmes lieux, à un siècle d’écart. La route descend en serpentant pour aboutir sur une clairière où sont les ruines de l’Abbaye de Vauclair, fille de Clairvaux. C’est là sur l’humble site de Courmanblain que les moines fondateurs décidèrent d’édifier l’une des plus belles abbayes de l’Ordre Cistercien ; c’était en mai 1134. Si guerres et révolutions ont bien sûr affecté l’intégrité du site, il faut savoir qu’à la veille de la guerre, en 1914, il subsistait intact, en particulier, le beau bâtiment des frères convers. Ce sont les tirs français de préparation de l’offensive d’avril 1917 qui réduisirent l’abbaye à néant… Une promenade dans ces ruines romantiques s’impose.

La route conduit à une petite intersection que l’on prend sur la gauche, à la maison forestière. C’est là que subsistent les traces les plus évidentes de ce que fut le “Chemin des Dames“, employé par les Dames de France, filles de Louis XV lorsqu’elles allaient en villégiature chez leur tante, Madame de Narbonne, propriétaire du Château de la Bove, sur le plateau (on peut encore discerner aujourd’hui les traces d’empierrement du vieux chemin en longeant la maison forestière).
Toujours sur la D19, on traverse successivement Chermizy-Ailles puis Neuville-sur-Ailette pour rejoindre Pancy-Courtecon. Une particularité ; ici, sur les hauteurs subsiste un monument aux morts érigé par les allemands entre 1914 et 1916 alors qu’ils occupaient cette région et qui rend hommage à la bravoure des soldats des deux camps.

Il faut ensuite prendre à droite la D967 pour parvenir à Monthenault où l’on va s’intéresser à l’église Saint Martin, réalisée selon les plans d’Albert Paul Muller, entre 1930 et 1933. Il s’agit d’un édifice construit en béton armé, à l’architecture sobre et intemporelle. On ressent une opposition assez marquée entre les murs latéraux et le chevet, travaillés en claustras et qui font une sorte de résille en béton, par rapport à la façade, massive et ornée d’un imposant bas-relief, symbolisant l’Eucharistie (réalisation des élèves de l’Ecole Nationale des Beaux-Arts).


La beauté et l’originalité remarquable de Saint Martin de Monthenault résident dans le travail des murs vitraux, véritables parois de lumière, exécutées selon une technique de sertissage du verre coloré enchâssé dans le béton. L’effet, dés que l’on pénètre  dans l’édifice est saisissant avec un sentiment d’immersion dans la lumière bleutée. Le travail de Louis Barillet sur les vitraux est d’une grande qualité et d’une parfaite cohérence artistique. Le Chemin de Croix, dans de douces tonalités pastels est signé Eugène Chapleau.

 Monthenault est sur le plateau qui domine Martigny-Courpierre que l’on rejoint par la D967, en direction de Bruyères. Il faut veiller à tourner à droite à la D90 puis à nouveau à droite par la D905. D’emblée, on est saisi par la grâce et l’élévation de Saint Martin (décidément très présent !) de Martigny-Courpierre.
Comme sa voisine,  cette église fait partie des quelques 700 édifices religieux détruits au cours de la première guerre mondiale. Elle partage avec Monthenault, Roye et Coulemelle le privilège d’avoir bénéficié lors de la reconstruction, d’un style résolument contemporain, à savoir l’Art Déco, en 1930.
C’est à nouveau Albert Paul Muller qui œuvre à l’édification de Saint martin. D’inspiration (lointaine) romane, l’église, faite de pierre de taille et de beau béton est couronnée d’une haute flèche soulignée, dans sa partie supérieure par six anges en béton ou ciment moulé.
On pénètre par un porche massif, selon le goût de l’époque, qui voulait exprimer là l’ancrage fort d’une religion sur son terroir au terme d’un conflit qui avait fait bouger les idées. La vision symbolique de l’union entre ciel et terre était ainsi affirmée par l’image contrastée de cette flèche élancée et de ce portail ramassé. Là aussi, l’espace intérieur est très coloré, chaleureux et particulièrement accueillant, disposé en forme de croix sous une vaste coupole reposant sur des piliers délimitant l’espace des chapelles latérales.

Le plan se caractérise par la surélévation de l’autel. De toutes parts, la lumière jaillit, ponctuant l’espace de taches colorées et magnifiant ainsi un nouvel art retrouvé du vitrail.
Saint Martin signe également le retour de matériaux nobles, favorisant la mise en œuvre  de fresques, mosaïques et céramiques à foison. La décoration intérieure, à fresque, est due à Eugène Chapleau qui dans un dessin vigoureux pose des personnages aux attitudes hiératiques. L’autel est l’œuvre plus spécifique de Louis Barillet.

L’homogénéité de l’ensemble s’apprécie comme l’expression d’un acte de foi d’artistes engagés dans la réalisation d’un lieu de culte qui se veut autant objet de religion qu’objet de l’expression des savoir-faire artistiques.

Après cet enchantement, il faut reprendre la route, la D88 en l’occurrence pour parvenir à Bièvres (dont le nom est à associer à la présence des castors dans le passé) et avancer jusqu’au ravissant village de Montchâlons. Là on découvre une belle église du XII° dont on appréciera la décoration extérieure faite d’une corniche à angles ouverts dont les points inférieurs reposent sur des modillons sculptés, ornés de têtes d’hommes ou d’animaux.

De Montchâlons, on gagne Orgeval par la pittoresque D904. On y découvrira l’un des beaux vendangeoirs dont regorge la contrée et dont, sur demande, on peut visiter le jardin. C’est un rappel de la présence et de la culture de la vigne, jusqu’à la disparition du vignoble, en 1880, avec l’arrivée du phylloxéra. Les vins de ce terroir bénéficièrent d’une grande renommée de la fin du XVI° à la seconde moitié du XIX) siècles.

Le vendangeoir d’Orgeval, caché partiellement par un grand mur, fut édifié en 1775 par un greffier de la Maîtrise des Eaux et Forêts. Composé d’un pavillon central au rez de chaussée surélevé, précédé d’un perron à double escalier tournant, il est flanqué de deux petites ailes. A remarquer les têtes sculptées sur les clés de cintre des fenêtres. Sur le côté droit, une intéressante construction du XVII° à haute toiture, flanquée d’une tour polygonale, complète agréablement l’ensemble. On va suivre, maintenant, jusqu’à Bourguignon-sous-Montbavin, ce que l’on peut dénommer la “route des vendangeoirs“. Chaque village traversé pouvant en offrir tant et plus à découvrir…

On arrive à Bruyères et Montbérault en passant par Chéret qui abrite un des plus grands vendangeoirs de la contrée. L’église de Bruyères, vaste et spacieuse, rappelle l’importance et l’influence du village au cours du passé. Construite pour l’essentiel au XII°siècle, elle s’est vue adjoindre un second transept gothique au XIII°. A remarquer l’exécution du pilier central en palmier recueillant les 8 branches d’ogives ainsi qu’un beau vitrail d’Hector de Pétigny représentant l’Assomption. A l’extérieur, l’intérêt se porte sur le chevet, riche d’une alternance de décor végétal et animal, ainsi qu’aux contreforts cylindriques positionnés entre les absidioles et coiffés de chapiteaux ornés de griffons, chimères ou personnages ; un sens décoratif digne des écoles de Bourgogne ou de Languedoc Roussillon…

On sort de Bruyères en ayant pu contempler de nombreux et intéressants vendangeoirs pour, 50 m plus loin, entrer dans Vorges, ancienne “Villa“ carolingienne, résidence rurale des Evêques de Laon, alors capitale du Royaume (905-987). Au centre d’une belle place régulière, bordée d’intéressantes maisons de pays, l’église St Jean-baptiste de Vorges présente des traces de fortifications. Le village ceint d’une muraille de la guerre de 100 ans aux guerres de religion avait probablement intégré l’église dans le système défensif du “moustier“. A l’angle ouest de la place se trouve la belle demeure d’Hector de Pétigny, auteur du chemin de croix de l’église (quatorze huiles sur toile), installé en 1949 et restauré en 2007.
De Vorges il faut se rendre à Presles-et-Thierny, riche d’une vingtaine de vendangeoirs dont la remarquable “Grande Maison“, datant des XVII° et XVIII° siècles.
L’église Saint Georges et Saint Quirin est fort intéressante ; on observera le curieux cheval ailé à queue de serpent (XI°) sculpté sur un montant droit, sous le portail ; L’intérieur, composé d’un vaisseau central austère et orné d’une poutre de gloire, révèle une curiosité à mi hauteur du mur nord. Un bas-relief intitulé “La Messe de St Leu“ représente un prêtre officiant devant un autel, suivi d’une étoile à 6 branches et de 2 lions se disputant un vase.

A l’extérieur, une élégante corniche souligne les fenêtres de l’abside en prenant appui sur des modillons à têtes grimaçantes. Toujours par la D25, on arrive maintenant à Nouvion-le-Vineux, au nom sans équivoque et qui abrite une des églises les plus remarquables de la région. Edifiée au milieu du XII) siècle, elle domine le village avec, en particulier, une fantastique tour romane à 3 niveaux, d’une exceptionnelle richesse de décoration. A l’intérieur, des fonds baptismaux en pierre de Tournai (XI°) ainsi que de remarquables chapiteaux et sculptures retiennent vivement l’attention.

La D25 traverse la N2 pour devenir D65 et emmener le voyageur à Bourguignon-sous-Monbavin, dernière étape de ce passionnant circuit. Ce village, beau et paisible, possède encore un beau lavoir en bois du XIX° siècle et abrite de nombreux vendangeoirs, dont celui des frères le Nain, artistes peintres réputés du XVII°siècle (Antoine 1588-1648, Louis 1593-1648, Mathieu, 1607-1677). Le célèbre tableau “le repas des paysans“ reprend, semble-t-il la cheminée sise dans le vendangeoir familial. De même, il est considéré que leurs œuvres relataient fidèlement les ambiances observées dans le village, à travers la série “la vie paysanne“ de Louis le Nain. A Bourguignon enfin, peut se visiter le vendangeoir et son jardin, à droite de la mairie, une excellente idée de pause avant de reprendre la route du retour vers Reims via Laon.