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SALAMANCA, la route du savoir

 

Salamanca,  León et autres pérégrinations dans le nord-ouest de l'Espagne

 

juin 2014

 

 

Pour cette découverte partielle du nord-ouest de l'Espagne, direction le Pays Basque que nous ne ferons que traverser, les villes plus particulièrement concernées par ce périple espagnol étant León, Zamora, Salamanca puis Zaragoza sans omettre un arrêt à Burgos (déjà traitée par ailleurs ) pour rendre visite au monastère royal de las Huelgas.

 

Jour 1

Journée de liaison, 930 km à parcourir depuis Reims pour rejoindre le charmant village de Biriatou à la frontière. Image rêvée d'un paysage basque, l'architecture traditionnelle de Biriatou avec ses maisons immaculées ourlées de grès rose est écrasée ce soir là par un ciel lourd dans une atmosphère fraîche et humide...

L'église Saint-Martin dont les origines remontent au XIVème siècle est pour sa plus grande part du XVIème. Dans le cimetière adjacent on peut voir de nombreuses stèles discoïdales, petits monuments funéraires. Ils rappellent une tradition bien antérieure au christianisme, ces stèles ne correspondant pas forcément à des tombes. De formes anthropomorphiques, le disque symbolisant le visage, le trapèze le corps humain, elles étaient fichées en terre, verticalement à la tête du défunt. D'autres interprétations leurs prêtent des qualités propres à repousser les forces négatives.

Pas suffisant pour éloigner le mauvais temps qui règne ce soir là sur l'auberge "les jardins de Bakea", adresse des plus confortables et maison bien tenue.

 

Jour 2

L'étape du jour va permettre de rallier León en faisant étape à Burgos, rapidement visitée lors d'un précédent circuit, et, surtout, de visiter le monastère de Las Huelgas. Situé à environ 2 km de Burgos, vers l'ouest, le monastère fut fondé par Alphonse VIII (1155-1214) grand-père maternel de Saint Louis. Marié à Aliénor Plantagenêt,  il installa en 1187 un couvent cistercien réservé aux femmes. Voyant son pouvoir et ses possessions s'étendre, le monastère s'agrandit et devint le Panthéon des rois de Castille (1199).

Si l'abbatiale présente toutes les caractéristiques de l'art cistercien, les bâtiments qui furent construits postérieurement s'inscrivent dans la tradition romane et mudéjar pour la période allant du XIIIème au XVème siècle, le style plateresque s'imposant dans les parties les plus récentes au XVIème siècle. La visite des lieux est malheureusement guidée et très surveillée... d'autre part il est strictement interdit d'y prendre des photos, ce qui devient une habitude agaçante en Espagne. C'est d'autant plus regrettable que cela va à contre- sens du partage du savoir... Encore un archaïsme dont les espagnols pourraient se défaire. Pour mémoire la protection en matière de propriété artistique et  intellectuelle est de 70 ans à date anniversaire de la mort de l'artiste ou du créateur. Ici nous sommes à plus de cinq siècles pour les parties les plus récentes de l'édifice, cela devrait suffire... de ce fait tout le monde essaie de faire des photos en cachette et c'est parfaitement ridicule.

Dans l'abbatiale, on peut voir de nombreux monuments funéraires, en particulier, dans la nef centrale, ceux d'Alphonse VIII et de son épouse Aliénor, décédés en 1214.

Le monastère présente la particularité d'avoir deux cloîtres, l'un roman, datant de la première construction, le second gothique dont la construction s'étend du XIIIème au XVème siècles et présente la particularité de conserver des éléments de décor de style mudéjar dans lesquels on devine des textes rédigés en coufique...

En conclusion de la visite est présentée de belle manière une remarquable collection de tissus médiévaux, la plupart du XIII°, rares témoignages de vêtements et de parures.

 

Après cette étape qu'il ne faut pas manquer, on reprend l'autoroute pour rejoindre la vieille castille et León et s'installer au Parador implanté dans le vieil Hostal de San Marcos, importante étape sur le chemin de Compostelle.

L'autoroute suit approximativement le "Camino francs" (depuis Jaca). León se souvient qu'elle fut la première capitale du royaume au début de la reconquista. Ayant eu peu à subir l'occupation  arabe, elle fut un bastion de la chrétienté des plus affirmés.

Le Palais de San Marcos où est installé le Parador de León est une ancienne commanderie de l'Ordre de Saint-Jacques qui assurait protection et soins aux pèlerins. Il se caractérise par une façade longue d'une centaine de mètres dans le style plateresque. Depuis le palais, on rejoint le cœur de la vieille ville en suivant la gran via de San Marcos jusqu'à la plaza Santo Domingo puis en empruntant la calle Ancha. Nous voici rendus sur la plaza san Marcelo, ornée d'une des œuvres premières de Gaudi, la casa de los Botines(1894), plus proche selon moi du Noucentisme et de ses avatars néogothiques que du Mouvement Moderniste. À proximité immédiate, deux palais : celui des Guzman et celui de los Condes de Luna (portail du XIVème). Au sein de la famille Guzman, c'est Domingo qui s'illustrera particulièrement et que nous reconnaissons comme Saint Dominique. Du côté des Luna, cela n'est pas mal non plus puisqu'elle engendra, avec Pedro, l'antipape Benoît XIII (Avignon) que nous avons déjà évoqué lors de la visite de Peniscolà.

On rejoint ensuite la plaza de la Catedral Pour y visiter la Pulcra Leonina, l'une des plus impressionnantes cathédrales d'Espagne. Édifiée dans le style gothique espagnol largement inspiré du gothique français, elle emprunte à Notre-Dame de Reims son plan.

La façade présente la particularité d'une discontinuité entre le portail central et les portails latéraux. À l'intérieur, la beauté des vitraux qui se développent sur 1800 m2 est saisissante et préserve une belle luminosité dans la nef centrale. Celle-ci, longue et étroite est caractérisée par ses colonnes en faisceaux. Dans le chœur, on s'attardera sur les miséricordes des stalles du XVème. Enfin, de nombreuses et remarquables chapelles rayonnantes ornent le déambulatoire. Le musée de la cathédrale mérite le temps d'une visite de même que le cloître encore orné par place, d'éléments de fresques murales.

Pour aller à San Isidoro, église collégiale et Panteón Real, on peut contourner la cathédrale par son chevet et longer ainsi l'ancien rempart de la ville (31 tours sur 80 subsistent encore) en suivant la calle Tras de los Cubos. Tournant à gauche, au bout, dans las Caretas, on arrive  la Basilique.

San Isidoro fut érigée par la volonté de Ferdinand 1er (mort en 1055) et consacrée en 1149. La Basilique doit son nom à Saint Isidore de Séville dont la dépouille fut rapatriée en ces lieux avec l'autorisation du prince musulman de Séville en reconnaissance de sa grande valeur spirituelle.

À proximité trouve le Panthéon Royal ou Panteón de Los Reyes. C'est là dans ce très bel endroit, que reposent les premiers rois de León et de Castille. Dans un espace réduit et hautement surveillé ( toujours pas de photo !), on peut apprécier et admirer la transition entre le style wisigothique et le premier art roman. Des chapiteaux et de peintures murales (antérieures à 1150) racontent les thèmes majeurs dans le style mozarabe, mêlant scènes religieuses et païennes sous le regard bienveillant d'un hiératique Christ Pantocrator...  

Quittant San Isidoro depuis la plaza du même nom, il faut rejoindre la Plaza Mayor en suivant les calles El Cid puis Regidores pour déboucher sur la place du marché puis, un peu plus loin sur celle où est érigée l'église San Martin et arriver enfin sur la Grand Place, toute en élégance baroque. De là on reprend le chemin de l'aller pour revenir au Palais San Marcos. Ce vénérable établissement, fut reconstruit entre 1513 et 1549 sur l'emplacement de l'établissement primitif du XII°. Le vaste cloître est accessible depuis la réception du Parador, la partie droite du bâtiment accueillant le musée archéologique provincial.

 

Jour 3 et 4

En route pour Salamanca avec étape à Zamora. Empruntant l'A86 jusqu’à Benavente, puis la N630, il ne faut pas manquer (comme ce fut mon cas) d'aller visiter, 35 km avant Zamora, en sortant à Granja de Moreruela, les ruines de la première abbaye cistercienne d'Espagne, le monastère de Moreruela.

Arrivée à Zamora ; d'emblée la ville est séduisante. Le plus simple est de stationner le long du Rio Duero, vers la plaza San Tomé, près du vieux pont de pierre. prenant en travers par la cuesta Pizarro, on croise d'abord l'église romane de San Pedro et San Ildefonso. A l'angle de celle-ci, on s'engage sur la petite place fraîche et ombragée de Fray Diego de Doza à laquelle succède la plaza de Arias Gonzalo. On parvient enfin, par la calle Obispo Manso, à la plaza de la Catedral.

La cathédrale a été édifiée de 1151 à 1174 dans le style roman ; de nombreuses modifications et adjonctions en ont altéré la pureté. On retrouve pourtant une nette influence poitevine dans l'aspect général.

La Capelle Mayor fut ajoutée en 1506 dans le style gothique tardif. Au sud, on remarquera la Puerta del Opispo, et ses voussures en volutes. L'intérieur est rythmé par de puissantes colonnes cependant que la coupole à pendentifs diffuse une belle lumière à la croisée du transept.

De la Cathédrale on peut jeter un rapide coup d'œil au château tout proche puis revenir sur ses pas, prendre la plaza San Isidoro et se diriger vers la Plaza Mayor. De ce point central on pourra rendre visite à bon nombre d'églises romanes, charmantes et discrètes comme Santa Maria la Nueva, Santa Maria de la Horta ou encore San Juan Bautista. On rejoindra le lieu de stationnement, le long du Rio Duero par la pittoresque et pentue calle Balboraz.

Et maintenant, cap au sud vers Salamanca. L'autoroute emmène confortablement jusqu'à la vieille capitale universitaire espagnole. Comme de coutume et chaque fois que cela est possible, c'est le Parador, bien situé, qui servira de camp de base.  L'hôtel, contemporain cette fois, est situé sur un promontoire qui assure une belle vue panoramique sur la vieille cité. Autre avantage, en traversant les jardins, on est à moins de 10 minutes du cœur de la ville, donc, pas de souci de stationnement.

On arrive ainsi très vite sur le vieux pont Romano qui mène au pied de la Catedral. Enfin, la nuit tombée, quoique l'éclairage des édifices soit assez moyen, le spectacle nocturne est séduisant.

Il faut donc franchir ce vieux pont d'origine romaine, long de 400m et reposant sur 26 arches, pour passer la rivière Tormès ; il y a comme un petit côté “Pont Charles à Prague“, toute proportion gardée, bien sûr. Rivière franchie on est sur la Plaza del Puento ; en contrebas, à droite, l'église de Santiago du XIIème deans les styles roman et mudéjar. On gravit la rampe face à soi pour franchir la Puerta del Rio. A remarquer, en surplomb, sur la droite, la Casa Lis, transformée en musée consacré au “Modernisme“. On s'engage dans la calle Tenterrecio qui conduit à l'ensemble “Catedral“ puisque nous avons affaire à deux édifices distincts, successifs, imbriqués l'un dans l'autre. Comme toujours, même sur un séjour de près de 3 jours, il n'est malheureusement pas possible de tout découvrir, ne serait-ce que par le fait de jours et d'horaires d'ouvertures qui s'avèrent parfois aléatoires ou changeant... Un circuit s'impose assez naturellement, n'excluant pas une déambulation vagabonde réservant souvent de bonnes surprises.

Commençons donc par les Catedrals, la Vieja et la Nueva. La Nueva s'impose par son volume. Edifiée à partir de 1513, sa construction se poursuit jusqu'au XVIIIème siècle (consécration en 1733 !). On profite ainsi d'un catalogue vivant des différents styles mêlant gothique tardif et baroque. Le portail ouest est particulièrement orné et riche en sculptures, à tel point que l'œil s'y perd... L'intérieur, monumental et se développant sur 3 nefs est peu intéressant à l'exception de la partie arrière du chœur, le Trascoro, orné de bois sculptés polychromes. Comme prévu, la vieille cathédrale est bien plus intéressante puisqu'elle s'inscrit dans la transition du style roman vers le style gothique. on s'attardera sur de belles peintures murales (XIII° et XIV° siècles).

Le cloître, édifié au XII° puis modifié au XVIII° permet d'accéder à de nombreuses chapelles dans lesquelles peuvent se voir peintures, sculptures et tombeaux. De la catedral, par le chevet, depuis la plaza Leonès, on se rend à l'église-couvent de San Esteban, ornée d'une façade de style plateresque. Celle-ci se caractérise par un arc monumental orné de fleurs, divisé sur 3 niveaux. A droite, d'inspiration toscane, se déroule un élégant portique à 10 arcs, érigé en 1599.

A l'intérieur, on parcourt le cloître des rois, gothique d'un côté, plateresque de l'autre ainsi que le panthéon des théologiens qui accueille les dépouilles des grands théoriciens dominicains.

L'église elle-même fut bâtie entre 1524 et 1610 ; on peut y voir le tombeau du Duc d'Albe qui n'a pas laissé que de bons souvenirs lorsqu'il fut gouverneur des Flandres au XVIème siècle. On ne pourra en revanche pas échapper au monumental retable de style churrigueresque dû, comme il se doit au délicat et sensible José Churriguera à la fin du XVII°.

De San Esteban, la déambulation se poursuit par la calle juan de la Fuente (Jean de la Fontaine ?)

et l'on arrive à l'un des endroits les plus exquis de Salamanca, le couvent de las Dueñas qu'il ne faut manquer sous aucun prétexte ! Là (las), on échappe au pompeux et au grandiloquent...

Fondé en 1419 par Juana Rodriguez Maldonado, ce couvent de femmes est d'une rare intimité. Dans le patio ou cloître de forme trapézoïdale, on s'étonnera de l'audace des chapiteaux ornés de chimères et de créatures fantastiques qui devaient nourrir l'imaginaire des dames cloîtrées...

Un endroit merveilleux, une pause nécessaire, une respiration, on s'émerveille qu'un lieu aussi délicat ait pu exister quand tant d'emphase inutile nourrit l'imaginaire des édifices avoisinants.

Direction la plaza Mayor avec, en chemin, le Palais de la Salina de style Renaissance (1519) ; sur la droite, on peut voir l'insolite Torre del Clavero érigée à la fin du XV° par Francisco Sotomayor.

Rendu à la Plaza Mayor, d'une grande rigueur, on s'étonnera de l'église San Martin (XII°), littéralement encastrée dans la structure de la place et qui présente deux façades, l'une romane, l'autre plateresque. La Plaza Mayor est conforme aux souhaits de l'architecte et du bâtisseur, raide et sans imagination, simplement ornée de médaillons de personnages historiques célèbres et ornée en son centre d'un pavillon royal décoré d'un buste de Philippe V. On quitte la plaza par l'ouest et la calle del prior qui mène au palaccio de Monterey, témoin de la renaissance espagnole, construit par Rodrigo Gil de Hontañon et Martìn de Santiago en 1540.

Longeant le palais par la droite on arrive au couvent des Las Ursulas qui a comme des allures forteresse...Peut-être est-ce l'œuvre de Marmont, lors de l'occupation française qui fortifia certains couvents de la ville pour créer une zone de résistance après la reddition de Ciudad Rodrigo (1811-1812) ?.

A l'intérieur se trouve le tombeau de Don Alfonso de Fonseca, réalisé par Diego de Siloé. de là, on s'éloigne un peu des parcours très touristiques et, par la calle Dominguez Berruela puis la calle Ramon y Cajal, sur la droit, on parvient à la plaza Irlandesos (les irlandais). Là se trouve le célèbre collège Fonseca, dit des irlandais. Pour sa construction, nous retrouvons les meilleurs architectes et artistes du moment (1525) tels Diego de Siloé, Juan de Alava et Rodrigo Gil de Hontañon, invités à œuvrer ensemble pour l'archevêque Fonseca. C'est plutôt une réussite à mettre au crédit de la Renaissance espagnole. Co-fondateur avec trois autres collèges de l'Université de Salamanca, de nombreux étudiants venus y étudier lui laissèrent ce nom. Un beau cloître à deux niveaux marie avec élégance deux styles d'arcs entre galerie basse et haute. L'harmonie de cet espace est soulignée par le jeu de médaillons et de piliers qui rythment l'ensemble. Voilà encore un lieu où le temps semble suspendu et qui tire profit d'être à l'écart de la déambulation touristique. Depuis le collège on retourne vers le centre-ville pour rendre visite à la Clerecia et à l'université Pontificia, par la cuesta de San Blas. Edifiée sous le règne de Philippe III par les jésuites de 1617 à 1755, la Clerecia et l'université Pontificia sont parmi les plus importants monuments de la période Baroque en Espagne. En ces lieux ont sévi les Churriguera nous laissant là Maître Autel et retable d'une certaine puissance, à défaut d'élégance... Pour échapper à ces lourdeurs qui finiraient par devenir indigestes si l'on n'y prenait garde, le mieux est de prendre un peu de hauteur en prenant un ticket pour “Scala Coeli“ et s'élever dans les tours jumelles de la Clerecia. De là, Salamanca s'offre à la contemplation et le regard se perd dans la multitude des toitures et des clochers. Redescendu sur terre, on se trouve face à la célèbre Casa de las Conchas, à la façade ornée de plus de 300 coquilles évoquant le pèlerinage de Compostelle. Rodriguo Arias Maldonado, premier maître des lieux, était chevalier de l'Ordre de Saint-Jacques de Compostelle. Bâtie à la fin du XV° et au début du XVI°, c'est un exemple remarquable d'architecture civile espagnole de la période gothique. La cour intérieure est caractérisée par les arcs chantournés dont le tracé alterne courbe et contre-courbe et que l'on dit “salmantino", style propre à Salamanca. On est alors tout proche de l'édifice historique de l'Université de Salamanca. Cette vénérable institution fut fondée en 1218 par Alphonse IX de León et de Galice (ne pas confondre avec Alphonse IX, roi de Castille). Cette fondation fut confirmée en 1255 par une Bulle du Pape Alexandre IV. Au long des XV° et XVI° siècles, l'Université assurait les meilleures possibilités pour trouver poste ou fonction dans l'administration civile ou ecclésiastique. Elle devint ainsi le lieu de référence et le vivier d'une monarchie dont le pouvoir s'exerçait sur des territoires immenses et lointains. De grands humanistes et de célèbres théologiens se révèleront et feront la renommée de l'Université ; ainsi, plus de 6500 étudiants y étaient inscrits à la fin du XVIème siècle. L'Université tirait ses revenus pour part de la dîme ecclésiastique versée par le diocèse et, d'autre part, d'un impôt perçu sur les possessions de l'abbaye de Medina del Campo. Ces revenus, abondants, permettaient de financer plus de 60 chaires regroupées en cinq facultés ou discipline : Droit Canon, Lois, Théologie, Médecine, Arts et Philosophie. Après une période critique au cours des XIX° et XX° siècles, l'Université de Salamanca rayonne à nouveau et attire de nombreux étudiants venus du monde entier et il y a une atmosphère qui n'est pas sans évoquer celle que l'on ressent à Cambridge ou Oxford.

Ayant franchi le monumental portail richement orné (parmi d'innombrables sculptures s'y trouve la petite grenouille...) on progresse dans une succession de salles qui s'organisent sur 2 niveaux autour du vaste cloître central. Chaque salle est bien documentée ; l'une des plus émouvantes et des plus évocatrices est celle de Fray Luis de León dont les tables et les bancs, rustiques au sens propre du terme, racontent cinq siècles d'enseignement en ces lieux. Sortant de l'Université, il faut aller sur la vaste place au delà de la rue. Là sont les Escuelas Menores (1533), là était l'ancien Hospital de l'Estudio. Au fons, à gauche, une discrète porte à double arcature permet l'accès après le franchissement d'un vestibule, à un beau patio, vaste et paisible, de style Renaissance et Baroque. C'est un lieu d'inspiration, de réflexion et de respiration. Salamanca est une ville profonde et attachante qui demande du temps pour s'éloigner des flux touristiques ; il faut en particulier éviter les week-ends qui polluent l'esprit de la vieille cité universitaire. Dès le lundi matin, tout va mieux, par contre vous serez confrontés à la fermeture de certains édifices. Donc, à partir de mardi et jusque vendredi, tout va vraiment pour le mieux ! La visite qui précède n'est pas exhaustive, heureusement. Il y a en particulier, plus au nord, la remarquable petite église romane, toute ronde, de San Marcos, qui mérite une visite...

 

 Jour 5

Mais il faut songer à quitter Salamanca et songer à rejoindre la Côte Catalane et plus précisément la Côte Vermeille. Pour agrémenter les 1000 km à parcourir, on pourra faire étape utile et agréable à Zaragoza.

Après avoir contourné Madrid par le nord, il faut faire une étape rafraichissante à Medinaceli, l'un des plus beaux villages d'Espagne. Medinaceli est juchée sur un promontoire et domine le rio Jalón. Cette ancienne ville romaine (Ocilis) a conservé un Arc de Triomphe édifié entre les II° et III° siècles. il semblerait que ce soit l'unique arc romain à 3 arches subsistant en Espagne. Sa position est curieuse, en biais par rapport à la route qui accède au village. Autrefois, Medinaceli était à la croisée de grandes voies de communication ce que la disposition des lieux ne révèle pas aujourd'hui... La Medina Selim, “ville du Salut“ des Arabes devint Medinaceli après qu'Alfonso ait ramené le lieu dans le giron de la chrétienté en 1120. Medinaceli devenait alors la “ville du ciel“. En se promenant dans le village, autour de l'immobile et comme figée plaza Mayor (on se croirait dans un décor de cinéma), on verra l'église Santa Maria, de belles maisons seigneuriales ainsi que le palis des comtes. A l'écart se dresse l'ancien château, fortement restauré.

On redescend dans la vallée pour reprendre l'autoroute qui mène à la “CaesarAugusta“, aujourd'hui Zaragoza. On peut recommander de s'installer au Gran Hôtel, de la chaîne NH, en plein centre-ville, d'un excellent rapport prix-qualité. L'emplacement est idéal pour visiter à pied la plupart des édifices. Pour cette deuxième visite de Zaragoza, il est agréable de constater à quel point la ville a su profiter des aménagements réalisés en 2008 à l'occasion de l'exposition internationale qui avait pour thème “L'Eau et le développement durable“.

Depuis l'hôtel, plaza Joaquim Costa, on remonte vers l'Ebre, par la calle Isaac Peral. Après un petit crochet pour récupérer la calle Don Jaime I, on parvient au vieux pont de pierre qui franchit le fleuve. Sur la droite, on ira visiter la toute proche Seo (Saint Sauveur). Première cathédrale de la ville, elle fut construite de 1119 à 1550, en lieu et place d'une mosquée qui elle-même s'était installée sur une église primitive. Le plan carré, à l'intérieur, évoque bien celui habituel d'une mosquée. La décoration riche et abondante est Baroque. L'extérieur, plus intéressant est fortement marqué par l'influence Mudéjare. Revenant sur nos pas, se développe devant nous l'immense esplanade de la plaza del Pilar sur laquelle on s'engage. Le premier édifice rencontré à main droite est la Lonja, bourse de commerce édifiée entre 1541 et 1557 dans le style renaissance n'excluant pas certaines influences gothique et surtout mudéjare. Après avoir passé devant l'hôtel de Ville, on est devant la très imposante Nuestra Senora del Pilar qui a pour origine l'apparition de la vierge en l'an 40. Cet édifice s'apprécie mieux vu, de l'extérieur, sa silhouette ne manquant pas d'allure, voire d'élégance. Il n'en n'est rien à l'intérieur, d'une banalité affligeante, comme on savait le faire en 1681...C'est immense et sans intérêt artistique véritable. Une fois ressorti, on tourne à gauche à la plaza Cesar Auguste pour aller vers le marché, très animé et qui propose des produits frais à des prix défiant toute concurrence ! Quittant le marché vers le sud on suit l'avenida Caesar Augusto jusqu'à rejoindre le Paseo Maria Augustin que l'on prend sur la droite (à la puerta del Carmen, vestige terrible qui témoigne de la résistance et des vifs combats contre l'armée française menée par le maréchal Lannes en 1808-1809). Passant devant le Gouvernement d'Aragon, on laisse à main droite la Plaza de Toros pour arriver à l'avenida de Madrid et, de là, se faire un immense plaisir en allant visiter le palais e l'Aljaferia. Quelle fraîcheur et quel repos pour l'esprit et les yeux après les assauts et excès répétés du Baroque ! Ancienne résidence des Emirs qui régnaient sur l'Aragon, il s'agirait mais c'est peut-être une légende, d'une fondation due à Aben Alfage sur la base de l'ancienne ville romaine. Toujours est-il que c'est aux XI° et XII° siècles que sont édifiés la plupart des bâtiments qui subsistent à ce jour. ce lieu merveilleux est enclos au sein d'une forteresse considérable. Pénétrant dans l'enceinte, après avoir franchi la cour où se dresse l'église San martin (XIV°), on entre dans le palais dont les pièces principales se répartissent autour du patio à ciel ouvert. Là, de grands espaces ouverts, rythmés par de beaux arc polylobés invitent à la méditation. C'est ensemble est un parfait condensé de l'Art Islamique tel qu'il était mis en œuvre à l'époque des Taïfas et s'inscrit ainsi aux côtés de l'Alhambra de Grenade et de la mosquée de Cordoue comme édifices exemplaires de cette période.

Après qu'Alphonse 1er dit le Batailleur eut repris Zaragoza, il conserva la Aljaferia et même l'enrichit et le développa puisqu'il y construisit le palais des Rois Catholiques. La stratification des lieux a permis la préservation de ce patrimoine remarquable.

Voilà ce que l'on peut faire d'une agréable journée à fréquenter Zaragoza avant d'envisager, en traversant les plaines arides et austères de l'Aragon, de rejoindre le Roussillon, terme de ce voyage.